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Financement du terrorisme : guide sur le risque

Le financement du terrorisme consiste à fournir ou à réunir des fonds ou des biens à des fins terroristes. Il porte souvent sur de faibles montants, peut provenir de sources légitimes et transite par des canaux ordinaires. Ce guide présente le risque, les tendances à surveiller, les attentes du Canada et de ses partenaires, ainsi que la façon d’effectuer la vérification dans Crown Intelligence.

En quoi consiste le risque

En termes simples, le financement du terrorisme désigne des fonds ou des biens fournis à un groupe terroriste ou destinés à appuyer un acte terroriste. Au Canada, le fait de fournir ou de réunir des biens dans l’intention qu’ils soient utilisés, ou en sachant qu’ils seront utilisés, pour mener une activité terroriste constitue un acte criminel passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans.[2] L’infraction repose sur l’intention ou la connaissance de l’usage, et non sur l’origine criminelle ou non des fonds.

Trois caractéristiques le rendent plus difficile à détecter que le blanchiment d'argent :

  • Faibles montants. Le FATF souligne que la faible valeur des fonds ou autres actifs en cause rend souvent le financement du terrorisme difficile à évaluer, et qu’une grande variété de secteurs peuvent être détournés.[1]
  • Sources légitimes. Des dons, des salaires et les revenus de petites entreprises peuvent tous finir par financer le terrorisme. Le risque réside dans la destination des fonds, et pas seulement dans leur provenance.
  • Signal tardif. Un paiement peut sembler ordinaire jusqu’à ce que le bénéficiaire soit lié à une entité inscrite. La vérification au regard des listes à jour constitue donc le principal contrôle précoce.

Le Canada inscrit les entités terroristes par règlement. Le gouverneur en conseil peut inscrire une entité s’il existe des motifs raisonnables de croire qu’elle a sciemment mené, tenté de mener ou facilité une activité terroriste, ou qu’elle y a participé, ou qu’elle a sciemment agi au nom d’une telle entité, sous sa direction ou en collaboration avec elle.[4] Les inscriptions peuvent ajouter d’autres noms, et chaque inscription est examinée dans un délai de cinq ans.[4] L’inscription sert de fondement aux infractions prévues par le Criminal Code et à l’obligation de communication décrite ci-dessous.

D’autres territoires appliquent des règles semblables :

TerritoireRègle principaleSource
CanadaInfraction de fournir ou de réunir des biens en vue d’une activité terroriste; obligation de communiquer sans délai l’existence de biens terroristes à la GRC ou au SCRS.[2] [3]
Royaume-UniInfraction de solliciter, de recevoir ou de fournir des fonds ou des biens lorsque la personne a l’intention, ou a des motifs raisonnables de soupçonner, qu’ils pourraient servir au terrorisme.[5]
Union européenneLes fonds des personnes, groupes et entités inscrits sont gelés; aucuns fonds ni services financiers ne peuvent être mis à leur disposition; les banques et autres institutions financières doivent fournir les renseignements de nature à faciliter la conformité.[6]
États-UnisSanctions antiterroristes en vertu du décret présidentiel (Executive Order) 13224, des Global Terrorism Sanctions Regulations (31 CFR Part 594) et des Foreign Terrorist Organizations Sanctions Regulations (31 CFR Part 597).[10]

Comment il se manifeste

Les tendances ci-dessous proviennent des typologies et des lignes directrices du FATF citées dans ce guide. Lorsqu’un point relève de notre propre synthèse plutôt que d’une constatation publiée, nous le précisons.

  • Petits paiements répétés à un même bénéficiaire. Ce sont les faibles montants qui rendent le financement du terrorisme difficile à évaluer.[1] Repérez une série de virements de faible valeur à la même partie, en particulier à des bénéficiaires situés dans des régions limitrophes d’une zone de conflit, un contexte que le FATF signale aux fins de l’évaluation des risques.[1]
  • Espèces et devises étrangères dans les régions à risque plus élevé. Un rapport FATF-GIABA-GABAC sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale met en lumière le rôle des espèces, y compris des devises étrangères.[8]
  • Sociofinancement et appels aux dons sur les médias sociaux. Le FATF a étudié la façon dont les terroristes utilisent les plateformes de collecte de fonds et les médias sociaux pour solliciter des dons auprès d’un public mondial, et il établit des indicateurs de risque à leur égard.[8]
  • Fonds caritatifs envoyés à des programmes ou à des partenaires dont l’utilisation finale est floue. Le FATF désigne la collecte, le transfert, la dépense et la réalisation des programmes comme les étapes auxquelles les organismes sans but lucratif (OSBL) sont exposés.[7]
  • Contrôles insuffisants à l’égard des bénévoles et du personnel. Le FATF souligne que les bénévoles, en particulier, ne font souvent pas l’objet de vérifications approfondies des antécédents, et que les OSBL peuvent manquer d’expertise en matière de risques, de conformité et de droit.[7]
  • Imitation d’organismes de bienfaisance légitimes ou exploitation de leurs activités. Des réseaux terroristes peuvent copier le nom d’un OSBL légitime ou se greffer sur ses activités réelles.[7]
  • Liens avec des entités inscrites par l’intermédiaire de personnes ou de la propriété. L’inscription canadienne vise les entités qui agissent au nom d’une entité inscrite ou en collaboration avec elle.[4] Les règles de l’EU étendent le gel aux entités détenues ou contrôlées par des personnes inscrites.[6]
  • Paiements qui financent des déplacements, du recrutement ou de l’entraînement. Les normes du FATF exigent de criminaliser le financement des déplacements en vue d’actes terroristes, ainsi que le fait de dispenser ou de recevoir un entraînement terroriste.[8]
  • Financement à motivation idéologique. Le FATF a publié un rapport sur le financement du terrorisme à motivation ethnique ou raciale et encourage les pays à en tenir compte dans leurs évaluations nationales des risques.[8]

Attentes des organismes de réglementation

Canada

  • Communiquer sans délai. Toute personne au Canada, et tout Canadien à l’étranger, doit communiquer sans délai au commissaire de la GRC ou au directeur du SCRS l’existence de tout bien qu’elle sait appartenir à un groupe terroriste ou être contrôlé par lui ou en son nom, ainsi que tout renseignement sur les opérations ou opérations projetées s’y rapportant.[3] La communication faite de bonne foi confère l’immunité contre les poursuites criminelles et civiles.[3]
  • Ne pas fournir ni réunir de biens en vue d’une activité terroriste. L’infraction prévue à l’art. 83.02 s’applique que l’acte soit direct ou indirect, et vise les biens réunis dans l’intention, ou en sachant, qu’ils seront utilisés de la manière décrite.[2]
  • Effectuer la vérification au regard de la liste canadienne. La liste est établie par règlement en vertu de l’art. 83.05, et le ministre doit examiner chaque inscription et en publier les résultats dans la Gazette du Canada.[4]
  • Vérifier vos propres obligations de déclaration. Des obligations de déclaration s’appliquent également aux entreprises réglementées en vertu de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes et des lignes directrices de FINTRAC. Nous n’avons pas pu consulter les indicateurs de financement du terrorisme de FINTRAC lors de la préparation de cette page; veuillez donc confirmer les exigences en vigueur directement auprès de FINTRAC.

États-Unis, Royaume-Uni et Union européenne

  • États-Unis. L’OFAC administre son programme de sanctions antiterroristes (Counter Terrorism Sanctions) en vertu du décret présidentiel (Executive Order) 13224 et des règlements connexes. Il publie des licences générales pour certaines activités, comme les opérations humanitaires en Afghanistan, et tient à jour des lignes directrices sur l’aide humanitaire.[10]
  • Royaume-Uni. L’article 15 du Terrorism Act 2000 s’applique à toute personne. L’infraction consistant à fournir des fonds ou des biens exige seulement des motifs raisonnables de soupçonner qu’ils pourraient servir au terrorisme, un seuil moins élevé que la connaissance.[5]
  • Union européenne. Le Règlement 2580/2001 gèle les fonds des personnes inscrites et interdit de mettre des fonds ou des services financiers à leur disposition; il s’applique aux ressortissants et aux entités au sein de l’EU et exige des banques et autres institutions financières qu’elles communiquent les renseignements de nature à faciliter la conformité.[6] Les États membres fixent des sanctions qui doivent être effectives, proportionnées et dissuasives.[6]
  • FATF. La Recommandation 5 porte sur l’infraction de financement du terrorisme. La Recommandation 8 a été modifiée en octobre 2023 afin de s’appliquer au sous-ensemble d’OSBL visé par la définition du FATF, au moyen de mesures fondées sur les risques qui évitent de perturber les activités légitimes.[9] Les lignes directrices du FATF mettent également en garde contre les mesures trop lourdes ou trop restrictives pour les OSBL.[9]

Vérification avec Crown Intelligence

Effectuez d’abord la vérification au regard des registres d’entités inscrites, puis consultez les fiches d’application de la loi et de sanctions pécuniaires pour obtenir du contexte. Les chiffres ci-dessous sont extraits en direct de l’API de Crown Intelligence au chargement de cette page.

  • Fiches de sanctions dans l’ensemble des registres de sanctions : 306,818
  • Registres sources dont le nom correspond à « terror » : …
  • Fiches actives dans l’ensemble des collections : 2,601,649

Où chercher :

  • Collection des sanctions. Sanctions consolidées. Elle comprend des registres comme « Canada Listed Entities — Criminal Code terrorist entities », « Canada Regulations Implementing the UN Resolutions on the Suppression of Terrorism », « Australia Listed Terrorist Orgs » et « Austria OeNB Terrorism List ».
  • Rechercher des fiches d’inscription pour terrorisme. Recherche de sanctions pour « terrorist ». Remplacez la requête par le nom d’une partie pour vérifier un client ou un bénéficiaire en particulier.
  • Trouver des registres par nom. Sources correspondant à « terror » affiche chaque registre, son éditeur et la date de sa dernière exécution.
  • Registres canadiens. Canada regroupe en un seul endroit les listes canadiennes et les registres connexes.
  • Application de la loi et sanctions pécuniaires. Interdiction de contracter et application de la loi contient des fiches de sanctions pécuniaires et d’application de la loi, y compris les pénalités administratives de FINTRAC, pour mettre en contexte une contrepartie.
  • Vérification par lots. Envoyez jusqu’à 20 parties par requête à POST /api/match/sanctions. Consultez l’API de correspondance. Pour les fichiers complets, consultez l’utilisation des données en bloc.

Une correspondance de nom est une piste, et non une conclusion. Vérifiez la date de naissance, la nationalité, l’adresse et la fiche de l’éditeur avant d’agir, et consignez le registre, la fiche et la date de votre vérification.

Liste de contrôle

  • Vérifiez les clients, les bénéficiaires, les contreparties et les donateurs lors de l’intégration, puis de nouveau chaque fois qu’une liste change.
  • Incluez les autres noms. Les inscriptions canadiennes peuvent ajouter des noms par règlement.[4]
  • Pour les clients et les bénéficiaires de subventions qui sont des OBNL, confirmez les lieux des programmes, les partenaires et l’utilisation finale des fonds.[7]
  • Déclenchez une alerte en cas de paiements répétés de faible valeur à une même partie ou vers des régions à risque plus élevé.[1]
  • Consignez chaque décision relative à une correspondance en indiquant le registre, l’organisme émetteur et la date.
  • Communiquez sans délai à la GRC ou au SCRS l’existence de biens terroristes lorsque l’obligation s’applique.[3]
  • Revérifiez la couverture de vos listes après chaque mise à jour du registre et confirmez auprès de FINTRAC vos obligations de déclaration en vigueur.

Foire aux questions

Le financement du terrorisme est-il la même chose que le blanchiment d'argent?

Non. Le blanchiment d'argent vise à dissimuler le produit de la criminalité. Le financement du terrorisme peut faire appel à des fonds légitimes, et l’infraction repose sur l’utilisation prévue ou connue des fonds à des fins terroristes.[2] Le FATF considère ces deux risques comme liés, mais distincts.[1]

Un petit montant est-il important?

Oui. La faible valeur des opérations est l’une des caractéristiques qui rendent le financement du terrorisme difficile à évaluer; un petit paiement peut donc constituer un signal significatif.[1] L’infraction ne prévoit aucun montant minimal.[2]

Suis-je tenu de faire une déclaration?

Aux termes du Criminal Code, toute personne au Canada et tout Canadien à l’étranger doit communiquer sans délai l’existence des biens qu’il sait appartenir à un groupe terroriste ou être contrôlés par lui ou en son nom, ainsi que les renseignements sur les opérations connexes.[3] Les entreprises réglementées ont également des obligations en vertu de la législation fédérale sur la lutte contre le blanchiment d'argent. Confirmez-les auprès de FINTRAC.

Un organisme de bienfaisance doit-il faire l’objet de vérifications supplémentaires?

Le FATF applique la Recommandation 8 au sous-ensemble d’OBNL visé par sa définition, au moyen de mesures fondées sur les risques. Ses lignes directrices préconisent des contrôles proportionnés plutôt que des restrictions générales visant les organismes de bienfaisance légitimes.[9]

Une correspondance de nom suffit-elle pour agir?

Pas à elle seule. Crown Intelligence attribue une note aux correspondances et en indique les motifs. Avant d’agir, confirmez chaque correspondance en la comparant à la liste officielle de l’organisme émetteur et aux renseignements d’identification.

Quelle liste fait autorité?

La liste de l’organisme émetteur lui-même. Au Canada, l’inscription sur la liste se fait par règlement en vertu de l’article 83.05, et les résultats des examens sont publiés dans la Gazette du Canada.[4] Crown Intelligence reproduit ce que publie chaque organisme émetteur, cite la source et indique la date de chargement.

Sources

Sauf indication contraire, chacune des sources ci-dessous a été consultée le 2026-10-10. Les liens renvoient à la page de l’organisme émetteur.

  1. FATF, Terrorist Financing Risk Assessment Guidance. fatf-gafi.org. Consulté le 2026-10-10.
  2. Criminal Code, L.R.C. (1985), ch. C-46, art. 83.02, Fournir ou réunir des biens en vue de certains actes. laws-lois.justice.gc.ca. Loi à jour au 2026-09-21. Consulté le 2026-10-10.
  3. Criminal Code, art. 83.1, Communication. laws-lois.justice.gc.ca. Page datée du 2026-09-28. Consulté le 2026-10-10.
  4. Criminal Code, art. 83.05, Établissement de la liste. laws-lois.justice.gc.ca. Page datée du 2026-09-28. Consulté le 2026-10-10.
  5. Terrorism Act 2000 (Royaume-Uni), ch. 11, art. 15, Collecte de fonds. legislation.gov.uk. Consulté le 2026-10-10.
  6. Règlement (CE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 concernant l’adoption de mesures restrictives spécifiques à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. eur-lex.europa.eu. Version consolidée datée du 2026-02-27 indiquée sur la page. Consulté le 2026-10-10.
  7. FATF, Risk of terrorist abuse in non-profit organisations. fatf-gafi.org. Consulté le 2026-10-10.
  8. FATF, Terrorist financing (page thématique, y compris les rapports liés sur le financement participatif, le financement du terrorisme à motivation ethnique ou raciale, le financement du recrutement, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, ainsi que la criminalisation). fatf-gafi.org. Consulté le 2026-10-10.
  9. FATF, Best Practices on Combating the Abuse of Non-Profit Organisations, mis à jour à la suite de la modification de la Recommandation 8 adoptée lors de la séance plénière d’octobre 2023. fatf-gafi.org. Consulté le 2026-10-10.
  10. US Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control, Counter Terrorism Sanctions. ofac.treasury.gov. Consulté le 2026-10-10.

Ne constitue pas un avis juridique. Le présent guide fournit des renseignements généraux aux équipes de conformité et de gestion des risques. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace ni les conseils d’un avocat qualifié ni vos propres obligations réglementaires. Crown Intelligence est un service de données et de vérification, et non un conseiller financier ou juridique agréé.

Dernière mise à jour : 2026-10-10